Quand deux espèces se ressemblent, la génétique devient un outil indispensable
Le Lièvre variable (Lepus timidus) et le Lièvre d'Europe (Lepus europaeus) cohabitent dans certaines régions montagneuses, notamment dans les Alpes françaises. Leur forte ressemblance morphologique et la possibilité d'hybridation compliquent leur identification sur le terrain, rendant le suivi des populations particulièrement délicat.
Ces incertitudes représentent un véritable enjeu pour les gestionnaires de la faune sauvage. Distinguer précisément les deux espèces, suivre leur répartition et mieux comprendre leurs interactions est indispensable pour adapter les mesures de gestion, notamment dans un contexte où le changement climatique pourrait modifier progressivement leurs aires de répartition.
Un panel de marqueurs microsatellites pour identifier espèces, individus et hybrides
Pour répondre à ces défis, ANTAGENE, en collaboration avec l'Office français de la biodiversité (OFB, anciennement ONCFS) et le Laboratoire de Biométrie et Biologie Évolutive (LBBE – Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS), a développé un multiplex de 12 marqueurs microsatellites permettant d'étudier simultanément le Lièvre variable et le Lièvre d'Europe.
Cet outil génétique offre plusieurs niveaux d'information à partir d'une seule analyse. Il permet :
Les auteurs démontrent également que ce panel constitue une solution particulièrement performante pour les analyses réalisées sur des prélèvements non invasifs, tels que les fèces, largement utilisés dans les programmes de suivi de la faune sauvage.
Une nouvelle approche au service du suivi et de la conservation des lièvres
Les résultats montrent que ce multiplex possède une résolution suffisante pour distinguer les deux espèces, corriger certaines erreurs d'identification morphologique observées sur le terrain et détecter les événements récents d'hybridation. Il constitue également un outil robuste pour l'identification individuelle, étape indispensable à la mise en œuvre de méthodes de capture-marquage-recapture génétique (CMR) permettant d'estimer la taille des populations sans capturer les animaux.
Au-delà de ses performances analytiques, cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour le suivi des populations de lièvres. Elle permet d'acquérir des données fiables sur la dynamique des populations, de mieux comprendre les phénomènes d'hybridation et d'accompagner les gestionnaires dans la conservation du lièvre variable, espèce particulièrement sensible aux évolutions de son habitat. Cette étude illustre ainsi l'apport des outils génétiques pour produire des connaissances directement mobilisables au service de la gestion durable de la biodiversité.